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Lifestyle / Santé mentale

Être noire & souffrir de dépression, ? Oui c’est possible !

J’ai conscience de me mettre énormément à nu dans ce (très long) article traitant de la dépression, en partageant une période de ma vie qui a été extrêmement difficile et dont je me suis sentie honteuse pendant un moment. Mais je me dois d’évoquer ce sujet, qui est encore malheureusement tabou dans nos communautés afro-descendantes.

La dépression ne touche pas les noirs

Je suis récemment tombée sur une interview de Taraji Penda Henson, qui s’exprime assez librement sur son combat contre la dépression et l’anxiété. « Dans nos communautés, nous parlons librement du cancer, de l’hypertension, du SIDA même mais jamais du mental, c’est un tabou. Nous ne sommes tout simplement pas autorisés à être vulnérables, nous devons être forts tout le temps. C’est 400 ans de dégâts, 400 ans de traumatismes, que nous n’avons pas traités. »

Nous sommes en 2020, il s’agirait peut-être d’arrêter de considérer les noirs comme des sur-hommes, solides comme des rocs et avec un mental d’acier.

Je vous mets au défi d’interroger quelques personnes afro-descendantes sur la santé mentale, je pense nous aurons encore droits aux même stigmas concernant cette maladie: 

  • « La depression est une maladie de blanc »
  • « Tu n’es pas depressive, tu es juste impolie »
  • « Ooh yako, il est devenu fou, Untel l’a marabouté »

J’aimerais vraiment que les mentalités changent. La dépression est bien une maladie. Si l’on s’en réfère à sa définition, elle se caractérise « notamment par une grande tristesse, un sentiment de désespoir (humeur dépressive), une perte de motivation et de facultés de décision, une diminution du sentiment de plaisir, des troubles alimentaires et du sommeil, des pensées morbides et l’impression de ne pas avoir de valeur en tant qu’individu.»

depression noire

Cela fait déjà beaucoup de choses à gérer au quotidien n’est ce pas ? Maintenant, imaginez que votre souffrance ne soit pas légitime aux yeux de vos proches, puisqu’elle ne s’accompagne pas toujours de symptômes visibles et qu’au lieu de vous aider, on vous traite de faible, folle ou impolie.

Vous entrainez la personne plus bas qu’elle n’est déjà.

Ma dépression et autres maux

Je mets toute mon âme à écrire cet article aujourd’hui, en espérant contribuer à mon humble niveau à faire évoluer les mentalités; car je suis moi-même passée par là. J’ai connu la dépression, le burnout, différents troubles anxieux … 

Je pense que je trainais les symptômes d’une dépression depuis de nombreuses années déjà mais j’ai réellement atteint le point le plus violent de tous l’année dernière. Faut dire que l’accumulation de problèmes personnels, la pression sociale, le rythme effréné du travail couplé à une ambiance professionnelle un peu compliquée, ont totalement anéanti ma santé mentale et j’ai craqué.

La dépression n’est pas une chose facile à gérer, je ne suis pas juste triste et m’amuse à me monter la tête. Non il s’agit d’un état qui te bouffe de l’intérieur. On dirait qu’un monstre prend possession de ton esprit. Tu deviens littéralement ton propre ennemi et voit ton existence et ton environnement de la manière la plus sombre qui soit. 

Ma dépression m’a peu à peu coupé du monde extérieur et fait connaitre des moments de tristesse les plus intenses que je n’aurai jamais connu de ma vie. C’est comme si toutes les zones de mon cerveau qui jadis sécrétaient mes hormones du bonheur, étaient tombées en panne.

Ma dépression me faisait me réveiller le matin, sans aucune volonté d’affronter ma journée et aller me coucher en ruminant ou pleurant toutes les larmes de mon corps. Mais entre ces deux moments, je mettais ce masque temporaire pour camoufler mes maux. Je souriais et rigolais beaucoup, c’était mon mécanisme de défense pour ne pas craquer en public. Oui la dépression à parfois un double visage, donc merci d’arrêter de dire aux gens qu’ils n’ont pas l’air dépressifs. 

Mon état a fait en sorte que le moindre mouvement était impossible, je parle bien entendu de gestes simples tels que manger, se laver, ranger sa maison… Il m’a rendu sévèrement insomniaque, vu que la nuit était le moment préféré des pensées noires et de la voix sabotrice dans ma tête. 

J’ai également développé des troubles d’anxiété généralisé. Cet état qui fait que tout est source de stress intense et de remise en question. On se détaille ses moindres paroles, faits et gestes et on se rabaisse le plus bas possible. J’ai connu des crises de paniques, qui se manifestaient soit par une impression de mort imminente, ou par celle de perdre la tête. Des manifestations physiques également comme les palpitations, les difficultés respiratoires, mains moites … Donc non, la maladie mentale ne se passe pas uniquement dans la tête. 

J’ai du faire face à des situations de constante remise en question, une obsession pour le regard des autres envers ma personne et une confiance en moi proche du néant. 

Je me suis peu à peu couper de toute interaction. Je ne peux même pas compter le nombre de fausses excuses que j’ai sorti pour ne voir personne, ou le nombre de plans que j’ai annulé au dernier moment. Parce que j’avais beau m’y mettre préparé depuis une semaine, je ne me sentais pas apte à me soumettre au regard des gens. 

Je détestais ce sentiment d’être jugé ou objet d’attention; et plutôt que de l’affronter je préférais mettre en place des stratégies d’évitement. Parce que logiquement, si je m’isole dans ma chambre, rien de tout cela ne peut arriver non ? 

Et après tout ce que je vous ai exposé, vous savez c’était quoi le pire dans cette histoire ? J’étais honteuse de mon état, et préférais subir en silence plutôt que d’en parler ou demander de l’aide. Je n’en ai parlé à personne, pas même à mes meilleures amies ou à mon frère; ces personnes à qui je confie tout d’habitude. 

Pourquoi ? Bon déjà, la raison pour laquelle j’écris cet article : « je suis noire, et ce genre de problème n’existe pas chez nous ». C’était également une manière de me mettre en position vulnérable, et en tant que femme forte que j’incarnais c’était juste impensable.

Se faire aider ne rime pas avec faiblesse

Ce que j’aimerai que nos parents et que les communautés africaines comprennent enfin c’est que la dépression n’est pas un sentiment ou un simple caprice mais bien une maladie, qui lorsqu’elle n’est pas prise en charge peut mener à des conséquences désastreuses… Tel que le suicide. 

Pour ma part, je suis reconnaissante d’avoir eu la force de me bouger, le jour où mes pensées noires se sont peu à peu mutées en élaboration de plans d’autodestruction. Ce qui a été un électrochoc pour moi et m’a motivé à demander de l’aide.

What depression needs is more sunlight, more candor and more unashamed conversations !

Unknown

J’ai entamé une thérapie avec une psychologue et été sous antidépresseurs et anxiolytiques pendant presque 1 an (encore un sujet tabou, que j’aborderai dans un prochain article) . La meilleure décision que j’ai jamais prise, et je n’ai plus honte de le dire puisqu’elle m’a littéralement sauvée la vie. 

Ma vie a énormément changé en l’espace de quelques mois depuis cette décision. J’aspire à de la positivité et une vie plus épanouie

J’essaie de me détacher de cette femme qui cachait sa détresse derrière un sourire, alors qu’elle combattait ses démons en solo et pour qui chaque moment passé en dehors de son lit n’était que souffrances et demandait un effort surhumain. J’ai osé faire des choses qui avant me paraissait inimaginables. Et je suis reconnaissante d’avoir eu le courage et les opportunités de les réaliser. 

Si tu m’as lu jusque là, déjà je t’en remercie. Si tu te reconnais dans mon récit, le seul conseil que j’ai à te donner c’est de ne pas souffrir en silence. Le fait d’en parler et de te faire aider sont les seules manières d’aller mieux. Et sache que souffrir d’une maladie mentale et aller voir un psy ne fait pas de toi une personne faible ou moins valeureuse que les autres ! 

Cela est difficile, j’en ai conscience, mais crois-moi tu ne dois à aucun moment te sentir honteux ou coupable de ton état.

J’espère également que mon histoire contribuera à faire avancer la reconnaissance de la maladie mentale et de ses conséquences, plus précisément dans nos sociétés africaines.

Enfin, mon dernier conseil est en direction des personnes qui ont un proche souffrant de maladie mentale. Je vous en supplie, évitez de les juger ou de minimiser leur peine ! Soyez juste là pour elles. Même si vous ne trouvez pas les mots justes pour les soulager, vous taire et les écouter reste toujours une option. 

Vous pouvez ne pas comprendre, je le conçois parfaitement mais sachez que nous sommes tous différents et réagissons différemment aux aléas de la vie.

Rappellez-vous toujours de cela.

dépression-chez-les noires

2 Comments

  • Avatar
    Ebony
    23/09/2020 at 21:25

    I can completely relate to all of this. I have a hard time talking about my mental health with my family because it’s been minimized. I’ve gotten better about being transparent because I want to help others.
    Our stories must be shared because, still in this century, it’s still too taboo and people are suffering needlessly.
    Keep going, Sis!

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    • Avatar
      Ramata D.
      24/09/2020 at 11:49

      Hey sis, thanks for the comment. And I agree, we should all talk transparently about this subject to bring collective awareness and hope that soon everything will change.
      Will have a look on your articles as well, I’m sure they are dope.
      Much love !

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