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Lifestyle

« T’es belle pour une Darkskin » : parlons du colorisme !

Hellooo,

Dans l’article de cette semaine, je vais vous parler d’une certaine forme de racisme encore trop présente dans nos communautés : le colorisme.

Le colorisme se définit comme « un système de privilège et de discrimination basé sur le degré de clarté de la couleur de peau.» Il s’agit d’une forme de racisme interne qui entraîne des préjugés, des stéréotypes et une perception standardisée de la beauté entre les membres d’une même communauté. Les individus à la peau plus foncée ont moins de valeur que ceux qui ont la peau claire. 

Ce sera surement le énième article que vous verrez à ce sujet, et c’est vraiment triste qu’en 2020 nous ayons encore à avoir ce genre de débat. Alors installez-vous confortablement, lisez jusqu’au bout et partagez !

Les origines du colorisme

Tous les jours, nous parlons de #BlackLivesMatter, manifestons contre le racisme, les violences raciales policières et le « privilège blanc ». Cependant, nous préférons détourner les yeux lorsqu’il s’agit de dénoncer cette forme de discrimination interne dans nos communautés. 

Loin de moi l’idée (l’envie) de vous refaire un cours d’histoire mais il me semble bon de rappeler les origines du colorisme avant de commencer cet article. Afin que nous soyons tous sur la même longueur d’onde. 

Le point de départ du colorisme a été l’esclavage. Cette époque où les esclaves métis (issus de viols commis par les esclavagistes) étaient considérés comme supérieurs aux esclaves au teint foncé. Les esclaves au teint clair étaient apparemment plus intelligents, assignés à des tâches domestiques et avaient le droit de travailler dans la maison du maître. Les esclaves au teint foncés quant à eux étaient condamnés aux tâches plus laborieuses dans les champs. Les stéréotypes voulaient qu’ils soient plus sauvages, bêtes, moches et incapables. Cette hiérarchisation du Noir était bien entendu une autre manière d’asservir et d’asseoir une certaine domination par la stratégie du « diviser pour mieux régner. »

Un phénomène qui a perduré et s’est répandu

L’abolition de l’esclavage n’a pas mis fin à ce phénomène déjà trop ancré dans l’imaginaire collectif des Noirs-Américains. Encore au 20e siècle, l’ascension sociale d’un individu dépendait … D’un sac en papier kraft. Oui, vous avez bien lu ! Les personnes qui avaient une carnation similaire ou plus claire qu’un sac en kraft marron accédaient à tous les privilèges sociaux et professionnels.

Cette hiérarchisation s’est également étendue pendant la colonisation. Les standards de beauté dans les pays colonisés, ont été calqués sur les pays occidentaux. Créant ainsi une distinction entre les personnes dont les traits se rapprochaient le plus du colonisateur et les autres. 

Le colorisme dans notre société

Maintenant que les bases sont posées, on va rentrer dans le vif du sujet.

La plupart d’entre nous disent « Mais non voyons, le colorisme n’existe pas ! On est tous des Noirs mais on a le droit d’avoir des préférences quand même ! Ou encore « Vous les filles au teint foncé, vous êtes juste jalouses et faites du bruit pour rien. » 

Moi je vous dis que le colorisme est bien une réalité, et vos actes et paroles me le prouvent au quotidien !

Pour commencer, prenons un exemple récent. Cette photo a été postée sur Twitter et a remué la toile pendant plusieurs jours. Moi, je vois Shay et Lous and Yakuza, deux chanteuses belges d’origine africaine, absolument magnifiques et talentueuses ! N’est ce pas ?

Je vous laisse constater les réactions que cette photo a reçu. Alors, le colorisme est une pure invention ? Je ne vais même pas m’aventurer sur le dossier Aya Nakamura, mais sachez que les méchancetés déversées sur cette femme au quotidien, me dégoûtent au plus profond de mon âme.

Certains africains diront que le colorisme n’existe pas, mais seront les premiers à regarder le front ou les oreilles d’un nouveau-né, histoire de se rassurer que sa couleur de peau définitive ne sera pas trop foncée. À utiliser des expressions tels que « noiraud », « enfant de la nuit », « tu n’es pas noire, mais bleu marine », « dans le noir, on voit que tes dents », « noir charbon ». Si le colorisme n’existe pas pourquoi dans des pays comme le Sénégal, le mot « Niul » (noir) est automatiquement suivi d’un terme péjoratif comme « Kukk » ou Niaw (moche). En revanche,on dira d’une personne claire qu’elle est « Khess pecc rafet » (claire et belle) 

Certains antillais disent que le colorisme n’existe pas, mais utilisent encore des termes comme « chabine » ou « mulâtre ». Je vous invite également à scroller sur les réseaux sociaux, un soir d’élection de Miss France. Vous y verrez des horreurs tels que « miss Martinique ressemble à une Camerounaise » ou encore « miss Guyane avec son teint et ses gros traits, on dirait un macaque ». Mais vous dites toujours que le colorisme n’existe pas ?

Même rengaine chez les afro-américains, avec l’éternel hiérarchisation Lightskin > BrownSkin > Darkskin. Je trouve également qu’il y a un réel problème de diversité dans le paysage médiatique, il semblerait que le « Paper Bag Test » est encore très présent mais de manière moins assumé. Regardez juste le casting de certaines séries comme Empire ou Greenleaf; vous n’y verrez pas beaucoup de noirs à la peau foncée et je pense qu’elles n’auraient pas eu le même succès si cela avait été le cas . 

On continue toujours à se voiler la face concernant le colorisme ? 

Dark as the midnight hour i’m bright as the morning’ sun

Kendrick Lamar

Le colorisme est un problème mondial

Le colorisme est également présent en Amérique latine. Prenons le cas d’Amara La Negra, par exemple. Une rappeuse noire-américaine d’origine dominicaine (communément appelé Afro-Latina) . Elle a relancé le débat sur le colorisme dans les communautés latines, il y a quelques années, suite à un clash avec un producteur hispanique qui lui disait d’arrêter de se définir comme une Latina puisqu’elle est noire.

Vraiment, c’est d’une bêtise hallucinante !

Source : @amaralanegraaln

Le colorisme n’est pas présent uniquement dans les communautés afro-descendantes. 

En Chine et plusieurs pays d’Asie du Sud-Est comme le Vietnam, la clarté de peau est considérée comme un gage de réussite. Plus tu es clair, plus tu es beau et considéré comme privilégié, alors que les plus foncés de peau sont forcément pauvres. Un idéal de beauté qui pousse beaucoup de personnes à recourir aux produits blanchissants.

Le colorisme existe aussi dans les communautés arabes. Dans certaines régions rurales, les femmes à la peau mate sont considérées comme moins belles que les femmes à la peau plus claire. Le tout accompagné de surnoms très choquants voire racistes et un refus systématique de s’exposer au soleil. 

Le colorisme existe bel bien et ce dans toutes les communautés du monde ! 

Le fléau de la dépigmentation volontaire

Le problème avec les remarques coloristes, c’est qu’à force de les entendre, les personnes à la peau foncée, finissent par les intérioriser, au point d’en développer des complexes. Ce qui me mène à la conséquence la plus grave du colorisme : la dépigmentation volontaire de la peau. 

Il s’agit de l’usage de produits à base d’hydroquinone, corticoïde, mercure ou autres composants dangereux, dans le but d’éclaircir la teinte naturelle de la peau. Un véritable problème de santé publique lorsque l’on voit les dangers que cela peut entraîner : cancer, dérèglement hormonal, etc. 

Beaucoup de marques ont fait du colorisme leurs fonds de commerce et renforcent sciemment les écarts peau claire/peau foncée, dans le seul but de générer leur chiffre d’affaires. 

Mon but n’est pas de pointer du doigt les personnes qui s’adonnent à cette pratique, mais de sensibiliser aux dangers de la dépigmentation sur la peau et la santé de manière générale. Il s’agit d’un réel fléau ! Je vois au quotidien des femmes demander des conseils pour devenir « claire et belle » en vue d’un évènement important (mariage). Ou encore demander quels produits éclaircissants utiliser sur leurs bébés qui sont nés avec la peau foncée. 

Cela n’excuse rien certes, mais peut-on leur en vouloir si depuis toujours elles ont eu droit à des remarques coloristes ?  

En Afrique et dans beaucoup de pays asiatiques, des femmes ont recours à la dépigmentation parce que la société leur rabâche qu’elles ne trouveront pas de prétendants au mariage parce qu’elles sont trop noires.

Vous savez qu’il existe une version coloriste du célèbre « T’es belle pour une noire ? ». Les hommes noirs disent « T’es grave belle pour une Darkskin ». Ce n’est pas un compliment non plus ! Sachez-le et resaissisez-vous ! 

Ce qui me ramène au fait, que les premières personnes à véhiculer le colorisme, sont souvent les hommes de nos propres communautés. Certains vont jusqu’à exprimer un rejet non voilé des femmes à la peau foncée. Oui de la part d’hommes eux-mêmes foncés. Je suis d’accord sur le fait qu’en terme d’attirance amoureuse, on peut avoir des préférences physiques, intellectuelles et culturelles. Soit. Mais je ne respecte absolument pas ces hommes noirs qui donnent un terreau fertile à toutes les discriminations que nous essayons de combattre. Les gars, on n’a pas oublié le #ToutEstNoirSaufNosMeufs hein !

Aime toi comme tu es

J’ai beaucoup de facilité à parler de colorisme puisque j’en ai moi-même était victime. Je suis de carnation très foncée et aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours reçu des remarques sur ma couleur de peau. Je me rappelle encore aujourd’hui des réflexions faites à ma mère quand j’étais plus petite du style : 

  • Ta fille là elle est noire hein, pourquoi tu n’utilises pas des produits adaptés à sa peau (comprenez éclaircissants !)
  • Ta fille est noire et moche. 

Est-ce que vous imaginez une seule seconde l’impact que ce type de remarques ont sur la confiance en soi d’un enfant ? Grandir avec l’image qu’on n’est pas belle parce que trop noire ? Arrivée à l’adolescence, j’ai donc commencé à chercher des produits pour « leeral », en d’autres termes pour rendre mon teint plus lumineux, unifié. Et voilà, j’étais tombé dans le piège. 

Lorsque je suis devenue plus indépendante financièrement, j’ai sérieusement commencé à me dépigmenter la peau. J’étais toujours à la recherche du dernier mélange qui me donnerait un teint plus « caramel ». Et bien sûr, je pensais être dans le vrai, car tout le monde me disait que j’avais « embellie » et que j’avais un trop beau teint. 

Je me suis dépigmentée pendant environ un an et un jour, j’ai eu un déclic ! Je me suis dit « pourquoi je fais tout ça ? Sur le long terme, je vais finir par me créer une maladie intraitable. » Et enfin, je suis amenée des enfants un jour. Comment vais-je leur inculquer l’amour de soi si moi-même, je ne suis pas à l’aise avec mon identité ? 

J’ai maintenant retrouvé ma couleur initiale et l’aime plus que tout ! Je m’aime et ai développé une confiance en moi tellement grande, à tel point que les codes de beautés de la société, ne m’ébranlent plus. Je suis belle en étant moi-même !

La clé, c’est d’avoir de l’estime de soi et d’être conscient voire fier de son individualité, en commençant par déconstruire toutes les croyances limitantes inculquées par la société. 

La peau noire est la plus variée du monde avec prés d’une cinquantaine de carnations. Chacune d’elle est magnifique ! Malheureusement, la société poussera les individus dotés des teintes plus foncées à penser que leur couleur de peau n’est pas attractive, ce qui est totalement faux. Notre mélanine est riche et est notre meilleur atout. Aimez-vous comme vous êtes ! 

L’ère de la sensibilisation et de l’éveil des consciences

Je pense que le colorisme disparaîtra de nos communautés lorsque nous aurons arrêtés de nous voiler la face. Lorsque les personnes à la peau claire, reconnaîtront leurs privilèges et que les noirs au teint plus foncé arrêteront d’avoir ce complexe d’infériorité. « Les noirs à peau claire croient qu’ils sont supérieurs et les Noirs à peau plus sombre leur permettent d’agir selon cette croyance ».

Ce changement se fera suite à un réel travail de décolonisation. Et lorsque nous aurons appris à parler du colorisme, à assumer nos propos et actes qui nourrissent ce problème. 

Cela se fera aussi en sensibilisant sur les dangers de la dépigmentation et le fait de faire prendre conscience de la beauté de la peau noire, peu importe sa carnation. Je suis abonnée à quelques pages sur les réseaux sociaux qui remplissent à merveille cette mission.

Je vous conseille de les suivre ASAP ! 

EbenID

Eben’ID, littéralement l’identité de la peau noire. Marie a lancé cette page en 2014, 2 ans après avoir arrêté de se dépigmenter la peau. Depuis, elle oeuvre à sensibiliser et changer les phénomènes liés au physique (colorisme, bodyshaming …). Un véritable beauty movement qui prône la conscience de soi et tout ce qui y touche.

Stopdepigmentation 

Sensibilisation contre la dépigmentation volontaire de la peau et inspiration à s’aimer comme on est.

Tétons Marrons

Partage et sensibilise sur énormément de sujets dont le colorisme ! « Ta carnation n’est pas un frein à ton ascension »

Il y a aussi certaines pages anglophones, qui font un travail exceptionnel comme @fightingcolorism par exemple.

Pour conclure, je vais finir par une touche d’optimisme. Comme je le dis toujours, je crois beaucoup en notre nouvelle génération pour faire changer les mentalités sur plein de sujets, y compris le colorisme. 

J’y crois sincèrement.

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